Raphaël, ou : contre le cynisme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 « Le roulis fit plier et casser la branche en nous entraînant...Nous dérivâmes … Les eaux du lac avaient, dans cet endroit, cette couleur bronzée, ce miroitement de métal fondu, cette immobilité lourde que leur donnent toujours l'ombre répercutée des hautes falaises, le voisinage des rochers taillés à pic, et qui annoncent la profondeur des vagues dans un lit que l'on n'ose sonder... Cet isolement de toute nature vivante nous donnait un délicieux frisson. Nous aurions voulu nous perdre ainsi, non sur une mer  qui a des rivages, mais sur un firmament qui n'en a pas. Nous n'entendions plus la voix des bateliers... »

 

 

 

Alphonse de Lamartine, Raphaël

 

chapitr LII. .

 

 

 

 

1. 

 

 

 

 

 

 

 

Le début du Raphaël de Lamartine[1] , c'est La montagne magique. La montagne ici est française, c'est la région d'Aix les Bains, de Chambéry. Le jeune Raphaël est malade, d'une maladie délicieuse qui est langueur et mal de ciel ; son ami, Louis de V***, qui souffre de la même maladie : « génie inconnu, âme repliée sur elle-même, corps fatigué par la pensée », lui indique « une maison isolée et tranquille, dans le haut de la ville d'Aix, où l'on recevait les malades en pension ». Il y a là une table d'hôte ; et Julie, descendue dans la même pension, n'y dîne pas : c'est cette solitude qui attire le héros, comme elle fait parler tout le monde. Quand Julie traversant le lac y trouve la tempête, la barque du jeune homme suit la sienne jusque sous le couvent de Hautecombe ; elle est évanouie, il la veille toute la nuit, à son réveil elle reconnaît en lui le frère de son âme.

 

« Cinq longues et courtes semaines » plus tard, les amants se séparent : après une visite commune aux Charmettes de Rousseau, Julie rentre à Paris chez son mari, Raphaël la suit sans qu'elle le sache ; il n'a pas les moyens d'habiter Paris, il revient chez ses parents à Macon. Pendant trois mois il se prépare à la revoir ; son ami le logera dans un coin de sa chambre parisienne, sa mère lui a donné un diamant ; il refait le voyage.

 

Tous les soirs, le plus tard possible, Raphaël retrouve Julie chez son mari, de l'autre côté de la Seine, derrière le pont des Arts. Pour que les amis du couple soient partis, il prend le chemin le plus long, guette le signe qu'elle lui fera. Tout le jour il a attendu chez son ami ; pour ne pas faire honte à la jeune femme s'il reste pourtant quelqu'un et qu'il doive participer à quelque conversation érudite, il lit toute une  bibliothèque savante, livres anciens, historiens et orateurs, économistes. Le mari est un vieillard qui se couche tôt, laissant seuls les amants. Pour prendre l'air végétal, lutter contre la maladie de Julie, ils vont dans les forêts des environs de Paris, Vincennes, Saint Cloud.

 

Raphael lui-même est en mauvaise santé ; elle le presse de rentrer à Macon. De là, il ira l'attendre à Aix. Pour qu'il puisse repartir, sa mère a vendu un bouquet d'arbres qui embellissait la maison familiale. Il part à pied, revoit le lac. Il a pris pension à Aix, mais ne va pas jusques là ; il passe la nuit dans la maison où tout commença, où Julie fut portée, inconsciente, s'éveilla comme il lui tenait la main. C'est là que l'atteint le messager porteur des lettres : celle du docteur qui annonce la mort de Julie, les deux ou trois dernières lettres de celle-ci. 

 

 

 

 

 

2.

 

 

 

 

 

Telle est, dans sa simplicité, la trame du Raphaël de Lamartine ; et le commentaire savant du livre complique les choses : il fait exister non pas un seul livre mais deux : deux éditions, la seconde corrigeant la première ; disant donc autre chose, ou peut-être non ? Là-dessus s'interrogent  presque deux siècles d'érudition : quelles coupures, et pourquoi ? Quelles différences entre le roman et ce qu'on peut savoir de la réalité, de ce qui s'est passé entre Lamartine et de Julie Charles ? Qu'est-ce que Lamartine, dans Raphaël, a fait de la réalité ?

 

On pourrait, si l'on voulait, distinguer divers ordres de changement. Il y a, dès la première édition de Raphaël, de pures inventions, comme la voiture de Raphaël au sortir d'Aix suivant celle de Julie incognito jusqu'à Paris ; ou des déplacements de souvenirs, comme la visite commune des amants aux Charmettes, que Lamartine fit, apparemment, six ans avant, en 1811, avec Aymon de Virieu ; ou comme le même Raphaël, dans la troisième partie du livre, rejoignant Aix à pied : souvenir, dit une note, de la fuite de Lamartine en Suisse, au moment des Cent jours.

 

Et il y a en effet, dans la seconde édition, des coupures ou suppressions : le mari, dans la première version, conseillait à sa jeune épouse de prendre un amant : la première édition, dit une note, insistait sur cette permissivité, dont profitait Julie :  elle évoquait elle-même un amour déçu, celui de Julie Charles pour M. de Fontanes à qui Lamartine, des années après, dans son Cours familier de littérature, disait encore en vouloir. Dans la première édition, de la même façon, Raphaël évoquait ses amours à lui, et nommément un amour pour Antoniella, nommée  ici Antonina, la jeune Napolitaine qui serait un jour Graziella. Lamartine avait même coupé des choses plus importantes : ainsi Julie ouvrant le verrou de sa porte, à Aix, et laissant Raphaël libre d'entrer ou non ; non sans l'avertir que faire l'amour la tuerait.[2].

 

 

 

 

 

 

 

3.

 

 

 

 

 

Telles sont quelques-unes des notes de l'édition qu'a faite Aurélie Loiseleur de Raphaël dans sa version corrigée ; coupures et changements y sont soigneusement répertoriés ; il s'agit, comme d'habitude, d'observer comme in vivo un processus de création. L'idée est que le réel précède le fictif, même qu'il lui donne naissance ; mais peut-être vaut-il la peine de revenir sur deux anecdotes qu'on trouvera dans les mêmes notes, où la fiction semble précéder la réalité, où les personnages de la réalité semblent rencontrer le mythe.

 

 

 

La première se situe à Aix. Il y a quelque chose d'étrange dans ces deux  autobiographies romanesques ou romancées où Lamartine se déplace à deux, parfois à trois, dans ses souvenirs, dans ses amours. Dans Graziella, jeune homme il s'installe dans la maison du vieux pêcheur en compagnie d'un ami d'enfance dans lequel on peut reconnaître Aymon de Virieu ; dans Raphaël, de la même façon, le héros  rend visite à Julie en compagnie de son ami  Louis, venu passer quelques jours dans la pension du vieux médecin. À la fin de la soirée, tous deux, Raphaël et Louis, écrivent quelques vers pour leur amie. Louis, dans la réalité, c'était Louis de Vignet, condisciple de Lamartine au collège de Belley, en même temps qu'Aymon de Virieu ; il appartenait à une famille de Chambéry apparentée aux De Maistre ; il apparaîtra dans les Confidences de Lamartine et dans son Cours familier de littérature, comme une ombre chère ; il était mort en 1837[3].

 

Cette soirée du livre Raphaël, dit le commentateur, eut lieu le 20 octobre 1816. « Lamartine, Julie Charles et Louis de Vignet recopièrent et signèrent ensemble un passage des Martyrs de Chateaubriand. Vignet rédigea un poème, « Dithyrambe », et écrivit sur le carnet de Julie : « Il est des femmes dont le seul regard prouve un Dieu et une vie à venir. Anges exilés de la terre, on voit qu'elles y sont étrangères ; c'est au ciel qu'est la patrie de la vertu [4]». Dans un carnet de maroquin rouge, donné par Julie Charles à Lamartine le 6 mai 1817, dit la même note, Julie a recopié le poème Dithyrambe de Vignet.

 

 

 

Le second épisode se situe entre Macon et Paris. Aymon de Virieu, sous une initiale transparente, apparaît non seulement dans Graziella mais aussi dans Raphaël. Dans une lettre du 12 décembre 1816, envoyée de Macon, Lamartine informe Virieu de sa rencontre avec Julie, « une créature surhumaine », de son amour, « la passion la plus violente qu'un cœur d'homme ait jamais contenue [5]». Il le charge de rendre visite à Julie Charles à Paris chez son mari, d'inviter celle-ci à le rejoindre, lui Lamartine, à Aix. Quelques jours plus tard, le 27 décembre 1816, il envoie à Virieu, pour Julie Charles, un volume de ses vers, parmi lesquels certains sont dédiés à Antoniella[6], la Graziella d'un futur livre. Or Virieu, dans cette rencontre, fut trop bavard : Lamartine avait « forgé un mythe à l'usage de Julie, d'une jeune Italienne morte d'amour après le départ de son amant[7] » ; « Oui, c'était une excellente petite personne, pleine de cœur, et qui a bien regretté Alphonse, dit Virieu à Julie ; dans une lettre du 2 janvier 1817, c'est-à-dire tout de suite après, Julie rapporte ces paroles à Lamartine  ; « serait-il donc possible, Alphonse, qu'Elvire fût une femme ordinaire [...] ? » Or Antoniella était morte de tuberculose, et non de chagrin, Lamartine lui-même le savait depuis peu ; trente ans après, dans ses Confidences, il reprendrait la fable de la jeune Italienne morte d'amour : autre version de la Jeune femme et la mort. Dans Raphaël, on l'a vu, Antoniella a été effacée, en même temps que les autres femmes qu'avait connues le jeune homme ; à celui-ci, Raphaël, Julie apparaît comme la première et la seule femme aimée, celle qui le fait entrer dans une autre dimension de l'existence, le fait mourir à lui-même et renaître, feu et eau, bûcher et baptème.

 

Dans la réalité, donc, Julie surprend le mensonge. Dans ses lettres on peut lire le récit de l'épisode, Julie rencontrant son double mythique, l'Elvire déjà des Méditations poétiques, et ce que fut son sentiment : se reconnaissant dans une femme à qui étaient adressées les élégies de son amant, et qui n'était pas elle, elle comprit  l'existence d'une figure irréelle, d'un mythe naissant et se développant loin de toute réalité. La fable, comme le dit Sainte Beuve[8], s'introduisait dans le réel lui-même ; ou plutôt, elle était là tout de suite, dans la soirée réelle où Louis de Vignet reconnaît dans Julie Charles, l'amante de son ami, un ange exilé de la terre, et lui dédie un poème ; tous deux, Alphonse et Louis, en attendant Aymon, comme deux enfants d'une même mère, ou comme les deux petits frères d'une grande sœur ; dans les deux livres à venir, trente ans après les faits, c'est ainsi qu'apparaitront aussi bien Graziella que Julie : la jeune Napolitaine orpheline, devenue la mère de ses frères ; la Julie  de Raphaël, elle aussi sœur, mère, amante. Mais le plus étonnant est de voir la Julie réelle, celle de la lettre  du 2 janvier 1817[9], s'adresser à Lamartine comme à un enfant. « Arrivez, arrivez, Alphonse, venez consoler votre mère ! » Une autre sorte de commentateur dirait peut-être qu'il y a là un fantasme de Lamartine, qu'on aperçoit ici la fratrie nombreuse de son enfance, ces sœurs pour lesquelles il s'endetta, une sœur morte enfant qu'il évoque lui-même[10] ; Aurélie Loiseleur voit le même rêve s'incarner également dans la Madame Arnoux de L'éducation sentimentale ; peut-être, écrit-elle, n'y a-t-il là qu'une possibilité entre autres de l'imaginaire, appartenant à « un fond culturel indéfectible »[11] ; il reste que Julie Charles paraît avoir partagé le mythe, assumé le rôle ; dans cette soirée où l'on recopie un texte des Martyrs, où naît un poème que Julie inscrira dans son carnet, il y a une exaltation commune, à la fois érotique et religieuse.

 

 

 

 

 

4.

 

 

 

 

 

Le changement essentiel, coupure ou effacement qui est déjà dans le livre originel, concerne le coït des amants.

 

La même commentatrice, Aurélie Loiseleur, ne croit pas à la chasteté des deux amants réels, Alphonse et Julie ; « Nous avons été amants », écrit Lamartine à son ami Aymon[12] ; et n'ont-ils pas, Alphonse et Julie, dans la réalité, quitté Aix dans la même voiture ? La réputation de la jeune femme n'était pas sans tache. Or le roman dit tout autre chose, le désir qu'a Julie d'une relation parfaitement platonique. Quant au jeune homme, il ne comprend pas tout de suite un tel désir : en lui se disputent d'abord la passion et l'adoration ; quand il s'aventure à proposer la réalisation de son désir, Julie lui répond assez sèchement. La chasteté, d'ailleurs, elle ne la lui impose pas, elle doit découler de sa liberté ; tel est le sens de l'épisode du verrou resté ouvert, qui est comme l'épée du roman de Tristan.

 

Ainsi Raphaël s'élève-t-il à l'amour véritable. « Quel bonheur ! Les vils désirs de la passion sensuelle s'étaient anéantis (puisqu'elle l'avait voulu) dans la pleine possession de l'âme seule. » (Début du chapitre XLVI). À partir de là, dans tout le roman, il n'est plus question des élans de la sensualité ; l'adoration occupe toute la place, signifiée par des attitudes rituelles, prosternation, baisement du sol, des pieds de la femme aimée. Julie, la femme aimée, n'initie pas seulement son jeune amant à une félicité plus grande ; où paraît toute une tradition, chrétienne et non-chrétienne ; elle accède au rang de Vierge Mère, de divinité incarnée.

 

 

 

 Quand Lamartine écrit Raphaël, en 1847, il y a là comme une reprise et un approfondissement de Graziella, une mythification résolue de la réalité[13]. Comme celui de Graziella, le héros de Raphaël, dans les premières pages du livre, n'est pas conscient de ce qu'il éprouve, et que c'est amour. Il est intrigué, comme les autres pensionnaires du  médecin, par sa belle voisine qui ne se montre pas ; la nuit, il l'entend qui bouge, et le bruit de sa robe, des pages du livre qu'elle lit ; elle entre dans ses rêves : « En un mot, j'avais toutes les pensées, tous les empressements, tous les raffinements de la passion, avant de me douter encore que j'aimais » (chapitre XIII). Mais bientôt la proximité de Julie à la mort le touche au plus profond ; et quand il la voit enfin vraiment de près, elle lui apparaît comme une autre Ophélie : « Ses cheveux flottaient autour de son cou et de ses épaules comme les ailes d'un oiseau noir à demi submergé au bord d'un étang. […] C'était cette beauté surnaturelle que le dernier soupir laisse sur le visage des jeunes filles mortes »(chapitre XVII). Le désir de Raphaël naît et renaît, apparemment, et pour qu'il le domine, quand Julie reprend les couleurs de la vie ; et dans tout le roman Julie meurt et renaît, passant ainsi d'un monde à l'autre : qui résume peut-être tout ce qui se passe dans Raphaël. Ce qui ne change pas, en effet, c'est la sublimité du monde dans lequel vivent les amants, monde qui est un pressentiment et une anticipation de l'au-delà. Quand Julie meurt, elle y attendra son amant terrestre. Tel est, quelle qu'ait été la réalité des amours de Lamartine et de Julie Charles, le livre que Lamartine a voulu écrire, et que d'ailleurs il a écrit. Derrière  coupures et changements, du réel au fictionnel, il y a le livre à écrire, un projet qui était, pour l'auteur, parfaitement clair, et auquel il ne toucha pas ; Lamartine, dit-on, fut trop timide, la seconde édition de Raphaël est un texte que l'auteur a rendu conforme aux convenances, et d'abord, à ce qu'il semble, aux attentes de Sainte Beuve, son ami ; ainsi Flaubert jetant au feu, pour satisfaire Maxime du Camp, sa première Éducation sentimentale. La première édition, écrit Aurélie Loiseau, avait suscité des quolibets ; Lamartine reprit donc son livre. La réalité est plutôt que la seconde édition avec ses prétendues censures ne découle pas d'une timidité, mais du vouloir de l'oeuvre elle-même ; elle est l'étape finale d'un travail d'écriture qui devait rendre le livre le plus dense, le plus conforme possible à la vision du poète. Les passages coupés étaient de trop. Les critiques de Sainte Beuve ont été utiles à Lamartine, elles allaient dans le sens de la densité qu'il cherchait.

 

 

 

 

 

 

 

5.

 

 

 

 

 

De fait, la rature ici ne change rien au sens, et que Lamartine ait supprimé des choses trop réelles, la permission explicite du mari, la cuisse légère de l'héroïne jusqu'à la rencontre de Raphaël, et même le coït identifié à la mort, ce que Flaubert appelle « cette chasteté par ordre du médecin ». « Pour rendre vraisemblable l'abstinence et préserver la morale, écrit le commentateur, Lamartine en est réduit à d'énormes invraisemblances [14]» .

 

Mais le souci de la vraisemblance n'est pas dans Raphaël une préoccupation majeure de Lamartine : tout le temps qu'ils vivent ensemble, quelques milliers d'heures, les amants ne font rien, que se regarder et regarder, se regarder dans les yeux, se promener, regarder le paysage ; parfois se prosterner, se parler, ne rien dire ; pleurer, très souvent ; surtout, à tout instant éprouver une union et une unité qui sont déjà celles d'un autre monde, un bonheur extatique qui fait s'arrêter le temps ; et bientôt, s'il faut bientôt se séparer, ou que la séparation a eu lieu, se souvenir du passé, en gros et en détail. Quant à l'immoralité, quoi qu'ait raconté Julie dans la première édition, elle était dans la situation des amants, la même que celle de Tristan et d'Yseut ; l'adultère, que nul ne sait ici platonique, est parfaitement transparent à tous : comment les amis du vieillard, trouvant jour après jour, appuyé à la cheminée, et jusque tard le soir, auprès de sa délicieuse jeune femme, ce jeune homme si beau, ne penseraient-ils pas à un adultère, quelles que soient ses formes ? Julie elle-même évoque une société qui s'est détachée de toutes les superstitions du christianisme, y compris dans les mœurs. 

 

 

 

 Un dilemme entre morale et vérité, dit Aurélie Loiseau. « [Lamartine] raconte un adultère tout en s'efforçant de préserver la réputation de la femme aimée », telle serait la raison de l'auto-censure. Dans la réalité romanesque conçue par Lamartine, l'adultère n'a pas le nom d'adultère et va de soi, la chasteté des amants est sans raison : elle n'est que le désir arbitraire d'une femme et de son amant, un libre choix, elle s'identifie à l'essence spirituelle de l'amour, elle est l'amour céleste déjà réalisé sur terre, celui des troubadours. Le propos de Lamartine dans Raphaël, en 1847, est à contrecourant de tout l'esprit du temps ; il fait du poète un penseur médiéval, ultra chrétien, une sort de moine ; c'est celui qu'on trouve dans le poème de Jocelyn, dont le décor est tout proche de celui de Raphaël ; Lamartine était parfaitement conscient de son caractère anachronique, intempestif. En même temps, cette conception poussait à la limite l'idée romantique de l'amour, celle de Werther : « J'écris mon Werther, une œuvre toute de passion, intitulée Raphaël, pages de la vingtième année, écrit-il à Adolphe de Circourt le 30 novembre 1847[15]. C'est de l'amour éthéré et pur de cet âge, conservé dans un vase fermé. Je l'ouvre pour moi et pour les jeunes cœurs qui y reconnaîtront leurs propres martyres et leurs propres délices [16]». Lamartine était conscient aussi de l'autorité qu'il avait encore parmi les jeunes gens de son temps, dont il donne des lettres à lui adressées dans la préface de Jocelyn[17] ; son Raphaël était une réponse tardive à la Lettre à Lamartine de Musset, auquel il s'en prend avec une violence extrême dans son Cours familier de littérature [18], en place d'éloge funèbre : c'était un grand poète, mais une déception sentimentale l'avait rendu cynique, et avec lui toute une partie de la jeunesse... C'est contre Musset que Lamartine crée son Raphaël, un personnage qui lui ressemble, qui a des traits aussi du prêtre Jocelyn ; mais qui échappe au seul catholicisme pour rejoindre les grands mythes de l'amour, de l'Antiquité au surréalisme...

 

 

 

 Raphaël, en effet, est un récit d'initiation, au sens érotique et religieux du mot ; le héros, quel que soit son âge dans le corps du livre, y a vingt ans, c'est un homme très jeune, il s'identifie lui-même à Jean-Jacques rencontrant madame de Warens ; Julie, dès le premier instant, en même temps qu'une femme qui l'attire, est pour lui une mère et comme la prêtresse d'un dieu antique, une Diotime au langage religieux, une Vestale qui risquerait en effet sa vie à coucher avec lui. Ou plutôt, comme je l'ai dit, la chasteté est-elle ici absurde et irrationnelle, enfantine, comme celle de Paul et Virginie. « Je crois que de tout ce que j'ai écrit en vers ou en prose, écrit Lamartine dans la lettre que j'ai citée, c'est ce qui brûle le plus de feu sans fumée ». Débarrassé de ses notes, le livre apparaît dans sa théâtralité provocante ; comme un poème adolescent, visionnaire, rimbaldien ; ou peut-être gnostique, venu du fond des âges.

 

 

 

On ne peut comprendre l'oeuvre de Lamartine, écrit Henri Guillemin[19], si l'on ignore le poète visionnaire, l'ambition immense de tout ce qu'il a écrit ; la chose est particulièrement vraie pour Raphaël. Lamartine y est proche de son ami Hugo, écrivant sous la dictée de l'océan et des morts ; ici et là il y a une fille morte ; le nom de l'héroïne de Raphaël réunit celle de Lamartine, Julia, et Julie Charles[20] ; le poète en fait une figure unique d'intercesseur. Lamartine a voulu écrire un poème, ou peut-être un mythe, comme avaient été La nouvelle Héloïse ou Werther ; en même temps, comme dans toute grande œuvre, le mythe se déployait selon son vouloir propre, comme un organisme vivant se nourrissant de son créateur et débordant la conscience de celui-ci, se créant lui-même, prenant ses matériaux et ses formes à droite et à gauche, dans les souvenirs de l'auteur, dans la littérature ancienne, antique et médiévale, dans Chateaubriand ; dans l'objectivité du moment historique comme dans la subjectivité de l'auteur[21].

 

 

 

6.

 

 

 

 

 

 

 

Un jeune homme malade rencontre et aime une jeune femme également malade. La maladie ici est plutôt spirituelle, comme est peut-être toute maladie, que ce soit celle du héros ou celle dont meurt l'héroïne, est-ce phtisie ou faiblesse cardiaque ? La réponse n'intéresse que la réalité d'une autre histoire. Ce que rencontre Raphaël, c'est l'autre moitié de lui-même, de  l'androgyne : le féminin de son masculin, et l'inverse aussi[22] ; le mythe ici reproduit à la fois celui du Banquet et celui du Phédon, Julie y est Diotime enseignant Socrate, et Socrate lui-même mourant, enseignant l'immortalité. Julie enseigne l'existence du Dieu chrétien, l'éternité dans l'instant et après, l'irréalité de la mort. Le mythe par excellence est celui du salut : dans la reconnaissance des deux amants tous deux échappent à la fatalité du corps, à la maladie, à la mort. Ils échappent surtout au malheur de l'individuation, trouvent le bonheur dans l'amour absolu, dans la communion des âmes. Nous avions, écrit le héros, « des étonnements et des exclamations de bonheur, en nous découvrant des impressions semblables et répercutées l'une dans l'autre, comme la lumière dans la réverbération, comme le coup dans le contre-coup. Nous nous écriions en nous levant du même élan simultané : « Nous ne sommes pas deux ! Nous sommes un seul être sous deux natures qui nous trompent. Qui dira vous à l'autre ? Qui dira moi ? Il n'y a pas moi, il n'y a pas vous, il y a nous ! », p. 196. Cette union est aussi avec Dieu et avec le cosmos, avec la Nature dans sa splendeur originelle.

 

On peut s'étonner[23] qu'un contemporain de Flaubert ait produit un livre comme Raphaël. Pour Henri Guillemin lui-même, Lamartine avait perdu la foi depuis longtemps, depuis au moins le voyage en Orient de 1832 et la mort de sa fille Julia ; quand il écrit Raphaël, il n'est plus croyant ; mais son héros l'est[24]. Les enfants ne ressuscitent que dans les fables, fait dire Guillemin à Lamartine. Raphaël quant à lui n'a pas de doute religieux, il vit dans la foi de son enfance. Dans Raphaël, encore une fois, ce n'est pas Lamartine qui écrit. Julie, quant à elle, passe d'une sorte de théisme (voltairien, ou peut-être kantien), à la certitude religieuse ; de « Leur dieu d'enfance n'est pas le mien » (chap. XXXV), « La raison, le sentiment et la conscience sont mes seules révélations » ; à : « Raphaël, il y a un Dieu ! Il y a un éternel amour dont le nôtre n'est qu'une goutte ! Nous irons la confondre ensemble dans l'océan divin où nous l'avons puisée ! » (chap. CXXVI). Où le commentateur  découvre une coïncidence avec la réalité historique, Julie Charles ayant été amenée au christianisme par ses conversations avec M. de Bonald, et par son évolution propre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

7.

 

 

 

 

 

De fait, Raphaël n'est pas un roman, même autobiographique, et Lamartine semble avoir eu peu d'intérêt pour ce qui, de son temps, s'écrivait de romans[25]. Aurélie Loiseleur, qui répertorie les modifications qui font du réel une fiction, est mieux inspirée quand elle dit de Raphaël : « Ce roman se voudrait encore un poème, dont il recherche l'épure. […] Voilà de l'élégie en prose »[26]. Ainsi des chapitres se multipliant, qui peuvent « rappeler les coupures et les blancs » d'un poème en vers et en strophes. Prose ou poésie ? Ou peut-être, comme pour Monsieur Jourdain, ni l'un ni l'autre  ?

 

 

 

Un premier abord de la question est peut-être de rapprocher encore Raphaël de Graziella, de dire qu'il y a là deux moments d'une même recherche. Dans Graziella, l'amour naît d'une lecture commune, comme pour Francesca da Rimini et son amant dans la Divine comédie, comme dans l'épisode de Lucie[27] que rapportent les Confidences du même Lamartine. Dans Raphaël, rien de tel : aucun livre n'est nécessaire pour faire de Raphaël et Julie un être unique, pas même Paul et Virginie, même si le narrateur se réfère, ici encore, et dès la première page, à Bernardin de Saint Pierre. Raphaël et Julie sont eux-mêmes Paul et Virginie, Julie n'est-elle pas créole elle aussi ? Mais la chose n'a pas besoin d'être dite, il n'y a pas de livre entre les amants de Raphaël, et bien peu de poésie écrite. Lamartine a fait de Julie une intellectuelle, proche des grandes dames du dix-huitième siècle, tenant salon, instruites par les savants qui l'entourent, passionnée d'idées : la poésie l'intéresse peu. Raphaël lui-même, dans sa chambre parisienne, se préparant chaque jour à retrouver Julie, ne lit que des prosateurs ; il a une passion pour les historiens et les orateurs : « Cette éloquence s'élance par-dessus l'auditoire limité et par-dessus la passion du temps, sur les plus hautes ailes de la poésie, jusqu'aux régions permanentes de l'éternelle vérité et de l'éternel sentiment »(chap. XCIII). Une poésie qui est dans la prose. Si Julie ne lit pas les poètes, c'est peut-être qu'elle est elle-même poésie, une poésie nue et sans style, dépourvue des figures qui compliquent le langage commun, une poésie qui n'a peut-être rien à faire avec le langage. C'est comme si Lamartine avait voulu, dans la création poétique, court-circuiter le livre, l'écriture elle-même ; inventer une coïncidence de la vie et de son expression. 

 

 

 

  Quant à Raphaël lui-même, même si on le voit essayer de faire publier un recueil, ce n'est pas un poète, et sans doute ne le sera-t-il jamais : en quoi il se distingue du narrateur anonyme de Graziella, c'est-à-dire de Lamartine. Ou plutôt, c'est un poète qui brûle son livre ; et ce brûlement a des allures d'art poétique. « On ne sait où vous avez pris la langue, les idées, les images de cette poésie, dit à Raphaël l'imprimeur D*** auquel il a confié ses vers : elle ne se classe dans aucun genre défini. C'est dommage, il y a de l'harmonie ». « Je rentrai désespéré dans ma chambre. L'enfant et le chien s'étonnèrent, pour la première fois, des  ténèbres de ma physionomie et de l'obstination de mon silence. J'allumai le poêle, j'y jetai feuille à feuille le volume tout entier, sans en sauver une page. [...] « Mon immortalité, ce n'est pas la gloire, c'est mon amour ! »[28].

 

Sainte Beuve a vu dans cet épisode le récit réaliste d'un refus opposé au jeune Lamartine, et « une charmante vengeance » ; l'imprimeur D***, c'était Didot. C'est encore une fois sortir du livre. Ce livre brûlé, peut-on dire que c'est le volume d'élégies qui a précédé les Méditations poétiques ? Que ce sont ces Méditations poétiques elles-mêmes ? Que sa matière, c'est l'épisode italien, l'amour d'Antoniella ? Que c'est le volume que Lamartine a fait offrir à Julie Charles par son ami Aymon, suscitant l'étonnement de la jeune femme ? Que le livre que l'éditeur D*** refuse au nom de l'ancienne poésie, de Parny, Delille et Fontanes, c'est déjà la poésie nouvelle, la poésie romantique ? C'est identifier Raphaël et l'auteur des Méditations poétiques ; et c'est ce que Lamartine ne voulait pas, même si lui-même oublie parfois son propos, qui était de créer quelqu'un d'autre que lui-même[29].

 

Le poète, parmi les trois ou quatre personnages du livre, c'est Louis, l'ami intime de Raphaël, celui également qui lui prête un coin de chambre ; Raphaël et Julie sont des épistoliers ; et c'est aux lettres qu'ils s'écrivent que Raphaël consacre ses pages les plus frappantes, concernant l'idée qu'il a de l'écriture, d'une écriture dont on ne peut dire si elle est prose ou poésie, ou ni l'une ni l'autre. Écrire à Julie, pour Raphaël, c'est s'écrire à soi-même, à son autre soi-même ; c'est vouloir écrire, dans « le langage insuffisant des hommes » ce qui ne peut être dit en langage humain :. « Ce langage n'a pas été fait pour exprimer l'inexprimable : signes imparfaits, mots vides, paroles creuses, langue de glace, que la plénitude, la concentration et le feu de nos âmes faisaient fondre, comme un métal réfractaire, pour en former je ne sais quelle langue vague, éthérée, flamboyante, caressante, qui n'avait de sens pour personne et que nous entendions seuls parce qu'elle était nous seuls ». Ces lettres, écrit encore Raphaël, « j'y luttais en désespéré et comme Jacob avec l'ange contre la pauvreté, la rigidité et la résistance de la langue dont j'étais forcé de me servir, faute de savoir celle du ciel. Les efforts surnaturels que je faisais pour vaincre, assouplir, étendre, plier, spiritualiser, colorer, enflammer ou éteindre les expressions […], ces efforts, dis-je, qui brisaient ma plume sous mes doigts, comme un instrument rebelle, lui faisaient néanmoins trouver quelquefois, même en se brisant, le mot, le tour, l'organe, le cri, qu'elle cherchait, pour donner une voix à l'impossible. Je n'avais parlé aucune langue, mais j'avais crié le cri de mon cœur et j'avais été entendu ».(chap. LXXIV). Ces pages sont dans le livre comme sa poétique en miroir. « Ce rude et délicieux combat contre les mots » est un combat pour dire l'indicible du vécu. À quoi réussissent sans effort les lettres de Julie, « elles avaient plus d'accent dans une phrase que les miennes dans mes huit pages ». « Rien ne s'évaporait dans cette lente et lourde transition du sentiment au mot, qui laisse refroidir et pâlir la lave du cœur sous la plume de l'homme... L'âme est nue sur la bouche ou sur la main de la femme ».

 

 

 

Le seul poème en forme du livre, en dehors d'une strophe du poète Gilbert qu'aimait Lamartine lui-même, c'est la chanson écossaise que chante Julie, à deux reprises, et dont le narrateur traduit la première strophe, dans la version de Florian. C'est un chant prétendument populaire, comme avait été la poésie d'Ossian : tous deux, le chant de Auld Robin Gray et celui d'Ossian, mystifications littéraires, mais qu'importe ? Julie en le chantant pleure sur elle-même, non sans quelque complaisance ; l'héroïne de la chanson, mariée à un barbon, est liée à lui, définitivement séparée de celui qu'elle aime ; ce qui n'est pas le cas de la chanteuse. « Je pleure, hélas, les chagrins de ma vie ! ». Mais peut-être, comme le dit Raphaël, ce chant exprimait-il, « par quelques notes, cet infini de la tristesse humaine dans le gémissement mélodieux d'une voix »(chap. XXXVI) ; il disait autant, peut-être, en quelques mots simples, que toute la rhétorique du Lac. Il participe lui aussi d'un brûlement de la poésie lettrée du temps, des formes de la poésie de Lamartine lui-même, dont Rimbaud dit qu'elles emprisonnaient sa voyance. Ce n'est pas le cas de la phrase lamartinienne dans Raphaël ; comme celle de Nerval ou celle de Proust, c'est la merveille de la prose française, elle est au delà de la distinction entre prose et poésie. 

 

 Raphaël a la couleur de la nuit et des eaux profondes, de la nuit tombant sur le lac ou le fleuve. A Paris, tous les soirs, le héros traverse le pont des Arts, à la tombée de la nuit, la fenêtre de Julie est pour lui une étoile et un signe ; quand il revient au lac, tout à la fin, c'est aussi à la fin du jour, quand la nuit tombe [30].

 

« Cependant la nuit était presque entièrement tombée de la montagne sur le lac.  On n'apercevait plus les eaux qu'à travers une brume de clair-obscur qui plombait leur nappe assombrie. Dans le silence profond et universel qui précède l'obscurité, le bruit régulier de deux rames qui semblait s'approcher du bord frappa mon oreille... »(chap. CXXXIX). C'est le messager venu apprendre à Raphaël la mort de Julie.

 

 

 



[1]         . Lamartine, Raphaël, pages de la vingtième année, éd. Aurélie Loiseleur, Gallimard 2011. - La première phrase de Raphaël fait penser à celle  de Moby Dick : « Le vrai nom de l'homme qui a écrit ces pages n'était pas Raphaël ». Raphaël, ce n'est pas seulement le jeune homme que désigne le titre, qui d'ailleurs a plus de vingt ans ; c'est le même homme qui se souvient par écrit, des années plus tard, l'auteur du manuscrit épargné par les flammes,  mourant dans le Prologue, après avoir donné ses souvenirs à emporter et lire à son visiteur. 

[2]           Parfois, la coupure apparaît dans le texte même, comme quand Raphaël annonce des vers qu'il a écrits, qui n'apparaissent pas : « mais non, je les efface », écrit Raphaël, p. 113.  

 

    [4]         Idem, ibid. p. 329.

[5]                  Lamartine, op. cit. p. 331. Voir, p. 271, la lettre de Lamartine à Virieu du 16 déc. 1816 : « J'avais besoin de vous rapprocher » ; et le 12 déc. « Quelle créature surhumaine ! Ell est près de toi ! Il faut que je vous rapproche ! » C'est l'admiration exaltée de Lamartine pour Virieu qui lui fait souhaiter le rapprochement avec Julie.

[6]         Antoniella, dit une autre note, était la maîtresse du cousin de Lamartine, Dareste, directeur d la Manufacture des tabacs. Ainsi l'éditrice de Raphaël, non contente de saper l'image de Julie, dont Lamartine, dit-elle, voulait préserver la réputation, détruit par la même occasion celle de Graziella.

[7]         Lamartine, op. cit., p. 279. C'est une scène de comédie. Dans le Dom Juan de Molière, Elvire était une femme séduite et abandonnée à laquelle le héros, là aussi, envoyait dire des choses par un alter égo, Sganarelle non pas ami mais valet ; ou peut-être pourtant double de lui-même.

[8]          Lamartine, éd. cit., p. 322. « On sent à tout moment dans Raphaël , écrivait Sainte-Beuve, l'altération, le renchérissement subtil et sophistique de ce qui a dû exister à l'état de passion plus simple ; on sent la fable qui s'insinue. C'est surtout dans les conversations des deux amants sur le lac, dans ces dissertations à perte de vue sur Dieu », etc . Mais discussions et dissertations, dans Raphaël, n'occupent pas tant de place ; c'est tout le livre qui est fable ou mythe, un mythe qui préexiste à la passion elle-même.

     [9]         Lamartine, éd. cit. , p. 280.

[10]      De toute façon, le champ psychanalytique, si même il a une réalité en dehors de l'écriture, n'est là que comme un réservoiir où l'oeuvre choisit des matériaux. C'est ce que dit, de façon persuasive, Gilbert Durand dans un article de l'Universalis (2018) : « Données sociales, héritages culturels, sédiments lexicaux, moments historiques, instances économiques ou politiques, « problèmes » psychologiques, situations psychanalytiques ou existentielles ne sont que des ingrédients, des ornements, des accessoires qui gravitent autour de l'impératif de l'œuvre. »Et aussi : l'oeuvre est auto-créatrice, causa sui ; elle n'est pas créée par son époque, elle modèle son époque. 

     [11]       Lamartine, éd. cit., p. 1

    [12]      Lamartine, éd. cit, p. 12.

    [13]      Je reprends ici l'expression de Bruno Schulz.

[14]         Lamartine, éd. cit, p. 323

   [15]      Lamartine, op. cit. p. 335.

    [16]       Lamartine, op. cit, p. 335. Lettre à Adolphe de Circourt, 30 nov. 1847.

    [17]       Lamartine,  préface de Jocelyn. 

    [18]      Lamartine, Cours familier de littérature; Musset, Lettre à Lamartine. 

     [19]        Henri Guillemin, art. Lamartine, in EU, 2018.

[20]        Sainte-Beuve n'a pas imaginé un instant, écrit Aurélie Loiseleur, que Lamartine ait pu donner à son héroïne le nom réel de Julie Charles.

     [21]       Je renvoie encore à Gilbert Durand, la création littéraire, article de l'Encyclopédia Universalis, 2018.

[22]        Il y a beaucoup de féminin dans le jeune homme, comme l'écrit Lamartine lui-même ; et du masculin dans Julie, dont Sainte Beuve ne supportait pas le prénom ni les longs discours 

[23]      Mais à lire Hugo on s'étonne tout autant : Péguy comme Claudel ont dit à quel point la vision du monde de Hugo était antique, préhistorique.

[24]      Il y a là un pas supplémentaire par rapport à Graziella : La médaille de la Vierge laissée par Graziella, qui doit sauver le héros, il n'y croit guère. Il l'accompagne dans des églises, mais n'entre pas dans celles-ci.  Lamartine avait perdu la foi, mais tout son être était religieux, aimanté par Dieu, écrit Henri Guillemin. 

[25]       Dans ses Cours familiers de littérature, Lamartine rend compte pourtant longuement des Misérables; et faisant la connaissance de Stendhal, il lui dit: J'ai lu tous vos livres....

   [26]     Lamartine, p. 21, Introduction.

     [27]         Voir mon blog  précédent, Graziella, roman expérimental ?

     [28]       op. cité,  p. 205.

[29]         Ainsi a-t-il supprimé du roman tout un poème qui fut publié dans les Méditations ; mais il a laissé un passage où il dit :  Julie ignorait qui elle avait aimé, le futur poète. 

[30]      Sur les fusions qu'opère la nuit, voir Albert Béguin, Le romantisme allemand ; Jankelevitch, Le nocturne.