Notes sur la Médée d'Euripide

 

 

 

 

 

 

1.

 

 

« Elle reste étendue, refusant de manger, toute livrée à la douleur/ […]/ depuis le jour où elle apprit qu'elle était rejetée », dit de Médée la Nourrice, dans le prologue de la pièce d'Euripide. « Et moi je crains ce qu'elle peut préparer en secret./ Son cœur est violent et ne supporte rien./ Je la connais bien et la redoute 1».

 

Comme Oreste au début d'Oreste, Médée au début de Médée apparaît couchée et dolente. Oreste matricide est ou se croit en butte aux Érinyes, délire-t-il ou ses visions disent-elles vrai ? Sa folie succède à son crime. Médée quant à elle pleure l'erreur qu'elle a faite en aimant Jason, en quittant pour lui son pays et sa famille : aujourd'hui il l'abandonne, renie ses serments, épouse la fille du roi de Corinthe, Créon2. Ce que redoute la Nourrice, c'est la vengeance qu'elle voit venir ; toute la pièce, dès le prologue, prépare ou fait attendre le récit du crime final, l'empoisonnement de la jeune épouse de Jason, ainsi que ce qui suivra, la mort des enfants de Médée et de Jason3. Et justement les enfants rentrent, et la nourrice : « Le cœur des enfants n'est pas fait pour souffrir ». Est-ce pressentiment, propre à l'ironie tragique ? Pour une nourrice, le plus redoutable est là. La mort de la princesse sera un spectacle effrayant et grandiose, une jeune femme coquette essayant de dévêtir ce qui lui colle à la peau, le voile empoisonné et les bijoux que la magicienne lui a fait offrir, justement, par ses enfants ; la mort des enfants viendra par surcroît, mais l'horreur n'en sera pas moindre.

 

 

Plus que dans toute autre tragédie d'Euripide l'atrocité du dénouement apparaît comme inéluctable, et cela par l'artifice du dramaturge, qui a tout instant suspend l'action. « Ah ! dit le coryphée, si le progrès du malheur pouvait être arrêté ! » Il s'y efforce pourtant, même se jetant à terre, de commentateur devenant acteur : « Non, par tes genoux, ne tue pas tes enfants !4 » Le chœur et Médée sont ici les seuls personnages conscients de ce qui se joue ; Médée a pris les femmes du chœur pour confidentes; ce sont des complices involontaires, impuissantes. Il arrive à Médée de jouer le rôle du chœur, de prendre recul, se voir prise dans un mouvement qu'elle ne peut arrêter réellement, seulement suspendre : pas plus que l'arrêté royal d'expulsion. Médée supplie Créon de lui accorder un délai ; « un jour encore, un seul,/ pour trouver ce qu'il faut à mes fils ». Or il n'y a là que mensonge et comédie : « Ce Créon, penses-tu que je l'aurais flatté,/ si ce n'avait été pour le succès de mes projets ? »... « Lui est assez sot, / alors qu'il pouvait ruiner mes desseins/ en me chassant d'ici, pour m'accorder un jour de grâce !5 » Le délai n'est que pour réfléchir encore, se décider complètement, agir enfin. Médée essaiera encore de détacher Jason de sa nouvelle femme ; puis elle fera semblant de s'apaiser, autre comédie, pour qu'il envoie ses fils porter à la princesse le cadeau maléfique. « Mais c'est mille bonheurs qui attendent ta femme. / Partager le lit du héros que tu es, / posséder les joyaux... » Le ton est évidemment ironique, le public le sait ; et que par le mensonge sera réalisé le plan mortel que Médée a concocté. Elle aura le temps de faire ce qu'elle a projeté ; mais c'est aussi, ce délai, ce qui donne vraisemblance au spectacle : Médée a le droit d'être là, et elle en profitera ; 6 « ce jour est mien , j'use du temps qu'on m'accorda », dit la Médée de Sénèque.

Dans Euripide aussi elle se donne le temps de réfléchir et de tuer. C'est une héroïne intellectuelle, totalement consciente de ce qu'elle fait, de la gravité de ses actes. Elle ne sait pas tout de suite ce qu'elle va faire, elle le découvre ; et pourtant, tout est joué d'avance. La réflexion, dans ses hésitations et ses palinodies, est également un moyen de ralentir le mouvement, de retarder l'inéluctable. L'horloge s'arrête à tout instant, pour qu'on sache bien où l'on va, qu'on ne peut pas ne pas y aller, que le temps passe et rapproche l'issue 7 .

 

Il y a là comme des stations d'un chemin de croix. « Plus d'espoir maintenant, dit le coryphée, plus d'espoir/ pour la vie des enfants engagés au chemin de la mort »... « La jeune femme va recevoir le bandeau d'or. / Infortunée, c'est recevoir la mort !/ Sur ses cheveux blonds elle va poser de ses propres mains/ les joyaux de l'enfer ! » « Infortunée, tu ne vois pas où le destin t'amène ! » Le présent, le futur proche donnent à l'instant vécu par les personnages, par le public, la plus grande réalité possible. On pense à l'instant qui précède le foudroiement de Dom Juan : « Il ne reste plus à Dom Juan qu'un instant pour se repentir » ! « Que celui qui n'a pas le droit d'assister à mes sacrifices/ prenne garde et s'écarte ». « Elle parle, dit la traductrice, comme s'il s'agissait d'un sacrifice » ; mais c'est bien de quelque chose comme cela qu'il s'agit. La tragédie, écrit Gianni Corchia, « se pose comme une sorte de rituel suspendu, inefficace, qui tourne à la folie, à vide8. » C'est particulièrement vrai de Médée : quel est le sens de tout cela, s'agit-il, comme voudrait le penser Marie Delcourt, d'un drame humain, trop humain, d'une histoire de jalousie ?

 

 

 

2.

 

 

Pour l'empoisonnement de la princesse, c'est certainement vrai : quel ressort plus intéressant, sur une scène de théâtre, qu'une jalousie poussée jusqu'au crime ? Et le crime est d'autant plus beau qu'il est plus atroce. Avec quel soin Euripide n'a-t-il pas écrit le récit final ! « Ne va pas trop vite, mon ami/, dit Médée au Serviteur, raconte à loisir. Comment sont-ils morts ? / Tu me donneras double joie,/ s'ils ont péri vilainement. » Où l'on voit l'héroïne, une fois encore, arrêter, du moins ralentir le temps ; non pas pour annuler une issue tragique, mais pour en jouir, au scandale du Messager. Le récit de la mort de l'épouse de Jason, princesse belle et ici anonyme, est fait pour le plaisir d'une femme cruelle, de Médée ; il pourrait figurer aujourd'hui dans un film d'horreur. C'est comme, dans une Passion baroque, un long récitatif narratif ; on peut imaginer le plaisir du public, ramené au temps des contes. Tout en effet, irréel et magique, y consonne à l'extrême fin de la pièce où l'on verra Médée s'élever au dessus de la scène, par la vertu de quelque machine : un deus ex machina qui n'avait sans doute, aux yeux des Grecs d'alors, rien de discutable ; qui était plutôt pour eux l'essence du plaisir théâtral. Crime d'une femme jalouse, sans doute ; mais la psychologie ici n'est pas vraiment importante. Plutôt une façon de mettre au service du spectacle, pour toucher, intéresser, même passionner, toutes les ressources du conte populaire ; parmi lesquelles, comme ailleurs, de façon systématique, le temps d'un piège qui se referme ; piège plus ou moins complexe, réduit parfois à un simple mensonge, véniel ou, comme ici, mortel ; annoncé et donc connu par le public, dont celui-ci reconnaît à mesure les diverses étapes.

 

Il faut remarquer en effet que, dans les pièces d'Euripide que nous possédons, il en est peu qui se privent de montrer la réalisation d'un plan, d'un piège ; le premier se trouve dans le Cyclope, qui montre Ulysse enivrant et aveuglant Polyphème ; piège qui d'ailleurs perd son sens en route. C'est une adaptation de l'Odyssée, et l'on peut penser qu'Ulysse, l'homme aux mille ruses, est le modèle de tous les rusés d'Euripide, que ce soit l'Aphrodite d'Hippolyte, le Dionysos des Bacchantes, conduisant Penthée vers sa mort, l'Iphigénie d'Iphigénie en Tauride volant le xoanon du roi des Taures et s'enfuyant avec son frère ; et aussi l'Hélène de la pièce du même nom trompant le roi amoureux d'elle, s'enfuyant avec Ménélas incognito, non sans faire un grand massacre d’Égyptiens, Hécube faisant aveugler par ses femmes le roi Thrace Polymestor, dans une situation qui rappelle curieusement à la fois le dépeçage de Penthée par les ménades et l'aveuglement de Polyphème dans la grotte ; dans Electre et dans Oreste, on voit le frère et la sœur, de la même façon, élaborer des plans compliqués pour tuer Egisthe et Clytemnestre, Electre se disant sur le point d'accoucher réclamant sa mère, ou pour faire pression sur Ménélas en menaçant de tuer Hélène ; dans Iphigénie à Aulis, c'est Agamemnon qui trompe Clytemnestre et Iphigénie en inventant un mariage avec Achille, ceci pour faire venir sa fille à Aulis ; dans La folie d'Héraclès enfin, comme un piège minimum, on voit Amphitryon mentir au roi Lycos pour que celui-ci franchisse la porte où l'attend la massue d'Héraclès.

 

 

Dans Hippolyte, c'est dès le prologue qu'est présenté le piège, par la déesse Aphrodite ; « J'ai dès longtemps dressé le piège, dit celle-ci. Ce qui me reste à faire n'est plus rien ». La réalisation du plan en effet a commencé longtemps avant, quand la déesse a inspiré à Phèdre l'amour de son gendre ; la machine infernale dont parle Cocteau n'est pas l’œuvre ici d'un destin impersonnel et anonyme, mais d'une divinité irritée. C'est le cas également pour Médée, autre divinité ; la différence est que Médée découvre progressivement le piège qu'elle mettra en œuvre. « J'ai bien des moyens pour les mettre à mort [Jason, sa femme et son beau père], dit-elle au chœur des Corinthiennes, / et je ne sais auquel m'arrêter, mes amies./ Vais-je incendier la maison nuptiale/, ou leur percer le cœur[...]/ Mieux vaut la voie qui m'est ouverte,/ l'art où je suis le plus habile, et que le poison les saisisse... » « Va donc, Médée, n'épargne rien de ton savoir/ pour servir ton plan et ta ruse... » Mais comment s'enfuir après le crime ? C'est seulement par la suite, quand Médée a discuté avec Jason et qu'elle s'est convaincue de l'éloignement et de la médiocrité de celui-ci, quand elle a rencontré Egée, roi d'Athènes, et lui a promis une paternité, que son plan est entièrement mûr dans sa tête, sa décision prise. Du moins pour la princesse ; mais tuera-t-elle ses enfants ? Elle les aime ; elle ne pense d'abord à les tuer que pour faire souffrir leur père.

 

 

« Mes projets maintenant, dit-elle au chœur, il me faut vous les dire/ tout au long ». Et les Corinthiennes : « Tu oserais, femme, tuer ce qui est né de toi ? » « Rien ne mordrait plus durement le cœur de mon mari ». Médée pourtant hésite ; « Que dois-je faire ? Le cœur me manque, mes amies,/ lorsque je vois les yeux brillants de mes enfants. / Ah, je ne pourrai pas ! Adieu mes desseins de naguère, / je prendrai mes enfants avec moi dans ma fuite./ Atteindre leur père en les frappant, à quoi bon,/ si c'est pour m'infliger une double souffrance ?/ Je ne le ferai pas ». Le meurtre de la princesse ne fait pas problème à Médée, l'assassinat de ses enfants, oui. On le voit changer de sens : d'abord moyen de punir Jason, il ne s'impose que parce que les enfants sont condamnés : son plan ne prévoit-il pas pour eux un rôle d'exécutants ? « Mais quoi ? Par les démons vengeurs envoyés de l'Hadès/ je ne puis pas livrer mes fils/ pour que mes ennemis à leur gré les outragent. / Puisqu'à tout prix il faut qu'ils meurent/ c'est moi qui vais les tuer, moi qui leur ai donné la vie./ Tout est accompli. Trop tard pour un revirement ». Médée pourtant ne prévoyait-elle pas de les emporter avec elle à Athènes, sur son nuage ? Qu'est-ce qui s'y oppose tout à coup ? Pourquoi donc les enfants de Médée devaient-ils mourir ?

 

 

 

2.

 

 

 

Euripide, dit en substance Marie Delcourt, a inventé un meurtre d'enfants à froid, un infanticide raisonné ; partout ailleurs, il montre le meurtre familial comme acte de folie. Ainsi dans Heraclès furieux, autre histoire d'infanticide. Mais peut-il y avoir un meurtre sans folie ? Médée est lucide et déterminée ; et pourtant, d'après Marie Delcourt, elle est folle, depuis le meurtre de son frère, Absyrtos, par elle découpé en morceaux. Elle qui n'est que lucidité, elle ne s'en doute pas : c'est que tout est, ici encore, dans l'inconscient. Les héros tragiques ont-ils un inconscient ? Toute la pièce, dit Marie Delcourt, montre une agitation excessive ; après l'infanticide, Médée semble retrouver son équilibre ; c'est que son crime « la punit du crime plus ancien, du fratricide, qui avait secrètement ébranlé sa raison jusque dans ses racines9 ». L'infanticide lui rend la paix de l'âme, un infanticide thérapeutique.

Que rien dans la pièce n'évoque Absyrtos, ce manque dit-il une culpabilité inconsciente ? Abandonnée par Jason, Médée regrette seulement d'avoir mis à mal sa famille, pour un homme qui l'a trahie. Plutôt que de la folie, il y a là de la colère. « Je sais devant quel crime je me trouve, mais la colère emporte mes résolutions,/ la colère, qui a perdu tant d'hommes ». La pénétration d'Euripide est d'avoir montré une colère froide  ; Médée coléreuse est absolument maîtresse d'elle-même, potens sui, elle est criminelle en toute conscience. Il n'est pas vrai ici que nul ne fasse le mal volontairement. Contrairement à ce que dit Marie Delcourt, Médée n'est pas folle ; c'est une personnalité forte, si forte qu'elle effraie. « J'ai peur de toi, lui dit Créon.../ Peur que tu ne fasses à ma fille un mal irréparable. / Bien des raisons font que je te redoute./ Tu es savante, habile aux arts néfastes... » Médée effraie par ses pouvoirs maléfiques, comme la sorcière impitoyable des contes. Il n'est pas nécessaire de mobiliser l'inconscient, le manichéisme ordinaire des héros du théâtre populaire suffit, où le méchant fait peur, où l'on craint pour la vie des innocents. Médée effraie aussi comme une femme qu'on sait être impitoyable, ce qu'a montré le début du mythe, qu'il s'agisse de sa famille propre ou de celle de Jason ; il est remarquable qu'Euripide n'ait pas davantage rappelé, dans toute son horreur, le passé du personnage, le frère découpé en morceaux, Pélias bouilli par ses filles ; Sénèque ne s'en est pas privé, son adaptation est plus extérieure.

 

Là aussi Euripide a laissé mystérieuses les raisons de l'infanticide ; le destin est sans doute responsable, en même temps qu'une liberté. « Tu les tues, et cependant/ tu les aimes. Ah ! Pauvre femme que je suis ! »« Ce sont les dieux qui ont tout fait, et moi, mal inspirée ».

« Que celui qui n'a pas le droit d'assister à mes sacrifices/ prenne garde et s'écarte ». La raison dernière de l'infanticide est peut-être là : les enfants de Médée, qu'ils aient été assassinés par leur mère ou par les Corinthiens, étaient l'objet d'un culte dont Médée elle-même annonce l'institution future ; là encore, le mythe, et par suite la tragédie, sont liés à une institution, à un sanctuaire. Les enfants de Médée, en effet, devaient être sacrifiés. Pourquoi, Euripide n'en savait rien, et Médée peut-être pas davantage : leur mort était inscrite dans le mythe, dans le tombeau qu'on montrait10.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes sur la Médée de Sénèque.

 

La pièce de Sénéque n'est pas une traduction, mais une adaptation de celle d'Euripide. Sénèque a coupé et ajouté. Il a coupé deux personnages, le roi d'Athènes obtenant de Médée d'accéder à la paternité, son fils devant être Thésée. La Médée d'Euripide se réfugiera à Athènes, de façon un peu mystérieuse, puisqu'elle est déesse, capable de s'élever dans l'empyrée. Il a coupé aussi le pédagogue, et les enfants qu'on voit et qu'on entend à la fin, leurs cris venant de la coulisse.

Pour le reste, la pièce développe et amplifie. Sénèque a mis noir sur blanc tout ce qu'Euripide avait préféré laisser dans le non-dit, dans le texte bien connu du mythe. Ainsi, que l'envoi du voile mortel à la femme de Jason, ici nommée Créuse, répète celui de la fourrure empoisonnée de Nessus par Déjanire ; dans Sénèque, pour empoisonner le voile, Médée s'est servie du sang de Nessus et de son propre sang ; la fiancée mourra dans un embrasement qui rappelle celui d'Hercules sur l'Oeta. Tout est dit de façon explicite.

Médée est entourée ici de tout le folklore de la magie : chaudron, crapauds et serpents. C'est une magicienne cosmique, identifiée à sa déesse personnelle, Hécate, divinité particulièrement barbare et primitive, liée comme elle au Nord de la Grèce.

Sénèque de la même façon ne s'est pas privé de rappeler tous les épisodes du mythe de Jason : le voyage de la nef Argo, avec ses demi dieux, comme Castor et Pollux, Orphée ; l'histoire de la toison d'or, du combat des géants ; le rôle qu'a joué Médée, aidant Jason ; le meurtre fraternel, absent d'Euripide, tient ici une place très grande, et c'est là peut-être que Marie Delcourt a trouvé son interprétation de l'infanticide de Médée.

Le côté mythique et magique étant ainsi amplifié, avec aussi une surenchère dans l'horreur, le côté humain de la Médée d'Euripide disparaît complètement : c'était une épouse jalouse et une mère aimante avant que d'être trompée n'en fasse une criminelle ; mais toutes les idées qui sont dans Sénèque étaient dans Euripide, par exemple le balancement de Médée entre son ressentiment contre son mari et son amour maternel, et la pleine conscience qu'elle a d'elle-même et de son crime.

 

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1Euripide, Tragédies complètes, trad. Marie Delcourt-Curvers, Gallimard 1962, tome 1, p. 136.

2La Médée de Sénèque, dès le début de la pièce, est folle, et elle en est consciente : « mente vaesana feror/ partès in omnes », v. 123. Sénèque, Tragédies, trad. olivier Sers, Les Belles Lettrs, 2019.

3 L'assassinat sera la matière d'un long récit épique, comparable au récit du messager dans Hippolyte, où le héros rencontre son destin sous l'aspect d'un taureau monstrueux. Cette rencontre mortelle y était annoncée dès le prologue par Aphrodite : « Mais je vois le fils de Thésée qui rentre après les travaux de la chasse./ […] Il ne sait pas la porte d'Hadès grande ouverte,/ et ce jour le dernier qu'il verra ». La déesse ne dit pas tout ; elle évoque pourtant une malédiction mortelle de Thésée, et Poséidon qui réalisera les souhaits de celui-ci.

4A la fin de la pièce, p. 190, le choeur entend crier les enfants qu'on tue, et il est tenté d'entrer et de les sauver.

5Dans l'adaptation de Sénèque, Créon est moins naïf : une heure suffit aux méchants, dit-il, pour faire le mal qu'ils méditent. « Nullum ad nocendum tempus angustum est malis »

6« meus dies est, tempore accepto utimur ».

7 Henri Lewi, L'invention du théâtre et autres fictions, conférence, 2019. On retrouve cela dans le théâtre de Plaute, c'est à dire sans doute dans ses modèles grecs de la Comédie Nouvelle.

8Gianni Carchia, Orphisme et tragédie, éd. La Tempête, Bordeaux, 2020.

9introd. À la pièce, p. 130. Toute cette interprétation sort plutôt de la pièce de Sénèque. Voir à propos d'Hippolyte, où l'adaptation de Sénèque sert de même à psychanalyser Euripide.

 

10Marie Delcourt, intr. cit, p. 128. « Ce pays de Sisyphe, dit Médée à la fin, aura désormais à les honorer, à célébrer pour eux des rites/ afin d'expier ce meurtre sacrilège ». Comme dans Oedipe à Colone, le sacrilège est indissociable du sacré ; on adorera Médée criminelle comme on adorait Oedipe.